Esquisses de nanas

Vendredi 17 octobre 2008 5 17 /10 /Oct /2008 15:12
C’est drôle comme parfois certaines rencontres peuvent marquer toute une vie. Il suffit de les croiser une fois pour ne plus jamais les oublier, telle une image tatouée en secret tout au fond de nos yeux. C’est ces rencontres là qu’on préserve de notre quotidien, qu’on garde en mémoire pour y repenser quand on en a le plus besoin.

Cela fait déjà un an pour moi que cette rencontre a eu lieu et pourtant il me semble que c’était hier… Je suis sûr aujourd’hui qu’elle n’était pas hasardeuse, bien au contraire. Cela est peut être une preuve que chaque chose est écrite pour chacun… Les bonnes personnes, au bon moment…
Je me relate souvent notre premier échange. Un regard. Juste un regard. C’est peu de chose me diriez-vous et pourtant… Il y a eu tant d’échanges en ce seul et même regard !

J’étais assise dans la salle d’attente, sur un clic-clac défraîchi aux couleurs bleu pâle. La pièce était petite, de vieux rideaux sombres masquaient le soleil de cette belle journée et tout me semblait alors bien illusoire. J’attendais, les yeux dans le vague, pensant encore et encore, bien plus que la raison ne l’autoriserait. La fin du monde était tombée sur mes épaules quelques jours plus tôt et les piliers de mon existence s’étaient effondrés. Et oui, c’était donc ça la douleur ! Je croyais la connaître pourtant, mais ça n’avait été jusque là qu’un avant goût, un peu comme de l’eau glacée qu’on ne touche que du bout des doigts. Ce jeudi là on m’avait plongé entière dans ces flots gelés et ma tête avait encore du mal à émerger.

Les larmes s’arrimaient au bord de mes paupières et une immense boule entravait ma gorge. C’est drôle de voir comme la vie suit son cours même lorsqu’elle nous semble ne plus avoir de sens… On souffre, on meurt et pourtant on s’anime, on parle, on sourit… Notre intérieur est dévasté cependant une force inconnue nous pousse à sauver les apparences et paraître en surface aussi naturel que possible. On se sent si seul dans ces moments là… Si seul… On aimerait tant un regard compréhensif, un geste, une parole ! N’importe quoi mais être compris, sans le dire…

Soudain des voix se sont fait entendre de l’autre côté de la porte. Mon amie a fini sa consultation et la porte s’ouvre sur ses joues rosies et souriantes. Je me relève et c’est là que j’ai croisé les prunelles de cette grande dame brune…
Les secondes semblèrent durer des heures tandis que son regard me transperçait. Elle savait. Elle comprenait. De ses deux pupilles sombres elle lisait en moi. Je ne saurai exprimer l’effet produit… Du réconfort… Oui un immense réconfort de pouvoir avouer sans le dire sa douleur, être entendu sans parler, être compris au-delà de sa carapace et des apparences… Voilà la rencontre qui a marqué ma vie, celle qui en quelques secondes seulement m’a ôté de ma terrible solitude… D’un seul regard…

Ne dit-on pas que les yeux sont les reflets de l’âme ?
Par Fée - Publié dans : Esquisses de nanas
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Samedi 12 juillet 2008 6 12 /07 /Juil /2008 19:51

La verte colline s’étend à l’infini… On dirait que le centre du monde c’est ici. En cet instant plus rien ne compte que le présent, l’horizon verdoyant, le soleil qui s’y perd et le doux son des sabots frappant le sol.

Les oiseaux chantent, les dernières cigales les accompagnent, l’odeur de la nuit qui tombe m’envahit et tout s’oublie, si loin de la ville et de nos vies.

Je ferme alors les yeux, pour m’imprégner encore plus de ce bonheur unique, je retiens quelques larmes, je ne voudrais pas pleurer devant mon père…

Il est là, sur sa magnifique monture sombre, il est serein lui aussi et une bouffée d’amour m’immerge à cette image jaillie d’un temps passé, celui des randonnées, des cowboys que nous étions, des chevauchées, et de mon père souriant.

J’aimerai pouvoir arrêter le temps pour vivre et revivre ce moment. Je m’y sens si bien… La brise du soir s’engouffre dans mes cheveux, caresse mon visage, le souffle du cheval qu’on m’a confié berce mon cœur. Cela faisait si longtemps… Je me rends alors compte que c’est ce qui dénotait dans ma vie depuis trop d’années.

Mon petit merins, me manque alors atrocement… Ha si seulement il était encore de ce monde… Je le revois, si nerveux, si fort mais tellement craintif. Une complicité unique nous unissait car malgré ses peurs, il me témoignait une aveugle confiance. Je peux encore sentir l’âpre odeur de ses crins quand j’y engouffrais mon visage en le serrant fort contre moi…

Je tourne alors le visage pour offrir mes larmes naissantes aux dernières lueurs du jour.

La nostalgie m’inonde mais j’ai l’âme sereine, de paix et d’amour. Je songe alors à ceux qui ne connaissent pas ce que je vis en cet instant… Quels malchanceux !

Je regarde mon père, il me sourit. Ce sourire là vaut plus que tout l’or du monde ! Je porte mes yeux sur le chemin escarpé devant nous, la jument, attentive, tourne ses oreilles vers moi. Je lui tapote alors l’encolure, et lui murmure « merci »…

 

Fée

 

Par Fée - Publié dans : Esquisses de nanas
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Mercredi 4 juin 2008 3 04 /06 /Juin /2008 19:55
Cela faisait déjà de nombreuses semaines qu’elle l’avait acheté. Elle l’avait choisi dans sa boutique fétiche où elle se rendait souvent, juste sur la place de la Mairie d’Aix-en-Provence. Il faisait froid ce jour là, elle s’était engouffrée rapidement dans l’allée centrale où toutes sortes de cartes et d’images la toisaient de leurs couleurs.
Elle avait passé de longues minutes, voire des dizaines, avant de se décider… Elle les avait toutes sorties de leur emplacement pour les admirer… Finalement elle avait opté pour celle représentant un petit mouton grimpant dans les étoiles et les ramenant sur son dos… Elle avait trouvé l’allégorie de cette image très belle et ces étoiles sur le papier lui avaient rappelé alors le souvenir de sa cousine et ses yeux pétillants, ses mirettes d’amande qu’elle n’avait plus vu depuis si longtemps…  Trop longtemps…
Le manque était là, subrepticement, indolent et incontrôlable. La vie suivait son cours mais une partie de son cœur n’était plus qu’un trou béant baigné par cette absence trop douloureuse…

Elle avait également choisi une enveloppe assortie, jaune, telles les étoiles que le petit mouton portait fièrement sur son pelage immaculé. Elle avait rendu son sourire à la vendeuse, une esquisse enjouée sur ses lèvres pour cacher le saumâtre pincement de ses doutes… Cette carte parviendrait-elle jusqu’au regard étoilé de sa chère destinatrice ? L’incertitude avait gagné son cœur mais l’espoir s’alimente de tout et lui avait alors insufflé confiance. Après tout, il ne s’agissait que d’une simple carte d’anniversaire ! Que pouvait-on lui reprocher ? Oh certes, elle avait bien compris qu’on ne voulait plus d’elle dans leurs vies, mais elle ne pourrait jamais s’en faire une raison. Quand l’incompréhension et la bêtise humaine se lient, c’est un mélange difficile à digérer… Comment vous obliger à faire le deuil de votre famille lorsqu’ils sont encore sur cette terre ? Si prêts de vous mais intouchables ? Quand même les apercevoir prends les teintes d’un crime… mais dont la victime est votre âme… Victime innocente d’une sombre histoire qui dans sa simple nébulosité dissous même les liens du sang.

Dans le calme de sa demeure, elle avait cherché avec soins les mots adaptés… Ne pas trop en faire, ni pas assez… Trouver le juste milieu pour exprimer quelques vœux de bonheur. A 15 ans que peut-on espérer ? La joie et le bonheur, un avenir serein et florissant ? Elle s’était alors appliquée pour écrire de sa main un « je t’aime » sincère qui résumait en quelques mots tout l’amour qui vibrait en elle pour sa petite sœur de cœur, pour celle qu’elle avait vu grandir. Se dire que chaque chose a une fin fit perler quelques larmes aux coins des ses yeux… Elle songea très fort à cette chanson de Cabrel qui disait « je t’aimais, je t’aime et je t’aimerai ». Oh combien ces mots trouvaient aujourd’hui leurs échos en elle ! Elle n’assisterait jamais plus aux fêtes d’anniversaires, elle n’entendrait plus son rire répondre au sien… Elle ne la verrait pas vieillir et devenir une femme… Pourtant son amour subsisterait, elle en était certaine.

Avec émotion elle avait cacheté l’enveloppe et, malgré elle, avait tenté de noter l’adresse d’une écriture infantile dans l’espoir que ce courrier n’éveillerait pas l’attention…
C’était en vain d’y croire… Au fond d’elle, elle l’avait toujours su…

Cela faisait désormais une semaine que la carte aurait du arriver à destination… Sept jours que les étoiles auraient dû trouver leurs reflets dans les yeux de Manon… Mais le petit mouton n’avait pas dû trouver son chemin… Egaré sûrement… Ou bien renversé sur la route, son bagage d’étoiles répandu au sol, puis balayé par le vent… Envolé tels ces « je t’aime » jamais entendus, qui scintillent et s'évanouissent bien trop tôt.

Fée Gaffette
Par Fée - Publié dans : Esquisses de nanas
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Lundi 2 juin 2008 1 02 /06 /Juin /2008 13:07

Le ciel pleurait et le vent hurlait.

Allongée dans son lit, les yeux grands ouverts, elle réfléchissait sur la pénombre de sa vie.

De ses grands yeux de chat, coulaient des larmes de désespoir. Comment lui dire ?

Il était là, près d’elle, dormant comme un enfant. Le souffle même de sa respiration bruyante lui rappelait à quel point elle le détestait. L’envie de lui poser un coussin sur la bouche se faisait de plus en plus grandissante comme cette douleur qui martelait son cœur.

Boum, boum…son âme se serrait au plus profond d’elle. Elle voulait tant qu’on lui arrache sa peine pour enfin vivre en liberté !

 

Il fallait qu’elle prenne une décision, elle ne pouvait plus vivre dans l’illusion de leur couple, cela avait trop duré. Quatre années passées auprès d’un homme tellement égoïste qu’il n’avait même pas su voir qu’elle était une autre. Même leurs rapports sexuels étaient à l’image de leur couple, froids, fades, dénués de tout amour !

 

Elle devait se détacher de son passé pour vivre pleinement son futur dans les bras de celui qui avait fait chavirer son cœur quelques semaines auparavant.

Ses pensées n’avaient de sens que pour lui, cet inconnu au regard océan…

C’est en cours de sport qu’elle l’avait rencontré et à cet instant là, elle avait su ou plutôt son cœur avait su que c’était lui.

 

Une fraction de seconde, un regard puis…le coup de foudre !  Un feu d’artifice de mille couleurs sublimes pétillait dans son âme. Des picotements lui traversèrent  tout son corps, jusqu’à la pointe la plus sensible de ses doigts. C’était lui, elle le voulait, elle le sentait.

Mais ce doux rêve s’éteint quand en se retournant pour essayer de trouver le sommeil, il le vit, lui, son compagnon d’une vie trop dure à assumer.

 

Il fallait qu’elle en finisse au plus vite et qu’elle aille se plonger dans les bras de celui que son être réclamait. Sans concession, il ne voulait pas être un simple amant.

 

La nuit fut longue et agitée car le sommeil ne voulait pas semer de poudre de tranquillité sur elle.

 

Le lendemain, elle attendrait qu’il rentre du travail pour lui dire que c’était fini, que sa vie n’avait pas de sens à ses côtés, qu'elle ne valait plus la peine d’être vécue si c’était pour vivre loin de celui que son être attendait depuis déjà si longtemps.

 

Le lendemain, cet instant à la fois proche et si éloigné quant on attend de lui la délivrance du fardeau quotidien.
Le lendemain, celui qui fait languir des promesses de beaux jours.
L'horloge tounait, le tic tac s'entendait, se rallentissait et...elle était toujours là, les yeux grands ouverts percevant de sa vision nocture les ombres d'un présent muselé par sa peur.
Une boule de feu lui déchirait les entrailles enchainant ainsi à ses cordes vocales.

Elle voulait se libérer mais était atteinte du syndrome de stockholm.
Le lointain horizon d'une vie pourtant tant désiré se dessiner dans un flou aux couleurs pastel, il ne tenait qu'à elle de prendre le pinceau de sa destinée.

Demain, elle devait lui parlait!

A toi mon amour.

 

Matrouchka la pipelette.

Par Fée & Matrouchka - Publié dans : Esquisses de nanas
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Vendredi 30 mai 2008 5 30 /05 /Mai /2008 21:05
Essai d'écriture.

Elle avait les mains qui tremblaient depuis plusieurs heures… Les nerfs sans aucun doute qui la titillaient encore, comme ils le faisaient depuis trop longtemps. Ils se mettaient à se tendre puis à se tordre et alors les battements de son cœur, trop rapides, tambourinaient sans cesse contre son crâne pour lui rappeler son mal-être.

Elle se tenait assise dans son salon, droite comme un piquet, les mains posées devant elle sur le bois massif et lustré de la grande table, elle se massait les doigts espérant que son geste apaiserait les tremblements. Sa fille allait rentrer de l’école d’une minute à l’autre, elle passerait la porte rapidement pour échapper à la pluie qui ne cessait de défigurer le ciel depuis ce matin. Elle en rirait probablement, l’appellerait et viendrait la serrer dans ses bras. C’était un jour particulier pour elle, on n’a pas tous les jours quinze ans ! Quinze ans déjà… Quinze ans qu’elle l’avait mis au monde, quinze ans de plus sur le décompte de sa vie malheureuse. Ses quinze ans à elle lui semblait si loin et si sombres… A l’image de son existence : une accumulation de ténèbres et de tristesses. Elle avait tout fait pour être heureuse, tout, même à donner son cœur à plusieurs hommes, à charmer le monde entier dans l’espoir d’être aimée… Mais tous ses efforts avaient été vains, encore aujourd’hui, la souffrance l’habitait tout entière.

Se concentrant sur ses doigts noués, elle entendit une clé dans la porte. Sourire, ne pas se sentir coupable, paraître heureuse… Oui, elle ne devait pas culpabiliser, ce qu’elle avait fait c’était pour son bien. Elle l’avait prévenu de toute façon « tu ne dois plus les voir » alors quel mal y avait-il à cacher la vérité encore un peu plus ? C’était son bébé, le sien. Sa chair, son sang, son unique raison de vivre ! Elle ne voulait pas la perdre elle aussi, tout comme elle avait perdu toutes les autres personnes chères à son cœur. Les liens se dénouent si facilement, elle l’avait compris, puis elle avait pris le parti de les dissoudre pour aller de l’avant. Sa fille était trop jeune pour comprendre tout cela, pourtant elle lui avait tout dit, tout. Elle avait alors lu dans les yeux de son enfant une terreur indolente et elle en avait été soulagée, oui désormais elle n’était plus seule à porter le fardeau de son passé. Les autres à qui elle avait relaté les faits ne l’avaient pas soutenu. Elle avait aussi lu dans leurs regards toute la peine que ses paroles entraînaient. Sa filleule avait fondu en larmes, elle et sa sœur se tenaient les mains extrêmement fort, comme un appui indispensable. Elles la regardaient toutes d’un air incrédule, sauf la plus jeune d’entre elle, sa filleule… Elle avait un visage détruit de peine et de haine et elle n’avait pu supporter la vue de ses prunelles en feu… Elles étaient parties en coup de vent, et n’étaient jamais revenues… Elles lui avaient tourné le dos, avaient choisi l’autre camp, et bien qu’elles aillent au diable ! Tant pis pour elles, elle aussi pouvait les rayer de sa vie !

Des bras l’enlacèrent et la sortirent de ses pensées. Dieu qu’elle était belle son enfant ! Une déesse aux yeux amandes. Ses cheveux de jais enlaçaient son visage angélique et d’un sourire elle lui embrassa la joue. « Bon anniversaire ma chérie ». Elle l’observa s’éloigner dans la cuisine, heureuse comme on peut l’être à quinze ans, si innocente et si pure. Oh elle se doutait que parfois elle était malheureuse des conséquences de toutes ces histoires, elle savait que ses cousines lui manquaient douloureusement, mais elle s’y ferait. Ce n’était pas sa faute, la victime c’était elle, depuis toujours. Elle devait protéger sa fille pour que le malheur ne soit pas héréditaire, pour l’en préserver. Personne ne lui ôterait ça, personne oh non personne ne s’immiscerait entre sa fille et elle. Elle était à elle ! Elle ne pouvait supporter l’idée d’être supplantée par quelqu’un d’autre dans le cœur de son enfant, on pouvait appeler ça jalousie, elle n’en avait que faire ! Les autres pouvaient bien dire que c’était ça qui la rongeait de l’intérieur, elle, elle savait que c’était surtout cela qui l’épargnait du pire. Se sentir unique aux yeux de quelqu’un, voilà ce qui alimentait ses envies de vivre.

Après que sa fille soit montée à l’étage, elle attendit encore un moment, assise dans le salon, droite comme un piquet, les mains posées devant elle sur le bois massif et lustré de la grande table, froissant avec rage la petite enveloppe jaune qui ne lui était pas destinée… Elle serra très fort dans ses poings la carte d’anniversaire signée des cousines, que sa fille ne lierait jamais…

Fée Gaffette
Par Fée - Publié dans : Esquisses de nanas
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