Cela fait déjà un an pour moi que cette rencontre a eu lieu et pourtant il me semble que c’était hier… Je suis sûr aujourd’hui qu’elle n’était pas hasardeuse, bien au contraire. Cela est peut être une preuve que chaque chose est écrite pour chacun… Les bonnes personnes, au bon moment…
Je me relate souvent notre premier échange. Un regard. Juste un regard. C’est peu de chose me diriez-vous et pourtant… Il y a eu tant d’échanges en ce seul et même regard !
J’étais assise dans la salle d’attente, sur un clic-clac défraîchi aux couleurs bleu pâle. La pièce était petite, de vieux rideaux sombres masquaient le soleil de cette belle journée et tout me semblait alors bien illusoire. J’attendais, les yeux dans le vague, pensant encore et encore, bien plus que la raison ne l’autoriserait. La fin du monde était tombée sur mes épaules quelques jours plus tôt et les piliers de mon existence s’étaient effondrés. Et oui, c’était donc ça la douleur ! Je croyais la connaître pourtant, mais ça n’avait été jusque là qu’un avant goût, un peu comme de l’eau glacée qu’on ne touche que du bout des doigts. Ce jeudi là on m’avait plongé entière dans ces flots gelés et ma tête avait encore du mal à émerger.
Les larmes s’arrimaient au bord de mes paupières et une immense boule entravait ma gorge. C’est drôle de voir comme la vie suit son cours même lorsqu’elle nous semble ne plus avoir de sens… On souffre, on meurt et pourtant on s’anime, on parle, on sourit… Notre intérieur est dévasté cependant une force inconnue nous pousse à sauver les apparences et paraître en surface aussi naturel que possible. On se sent si seul dans ces moments là… Si seul… On aimerait tant un regard compréhensif, un geste, une parole ! N’importe quoi mais être compris, sans le dire…
Soudain des voix se sont fait entendre de l’autre côté de la porte. Mon amie a fini sa consultation et la porte s’ouvre sur ses joues rosies et souriantes. Je me relève et c’est là que j’ai croisé les prunelles de cette grande dame brune…
Les secondes semblèrent durer des heures tandis que son regard me transperçait. Elle savait. Elle comprenait. De ses deux pupilles sombres elle lisait en moi. Je ne saurai exprimer l’effet produit… Du réconfort… Oui un immense réconfort de pouvoir avouer sans le dire sa douleur, être entendu sans parler, être compris au-delà de sa carapace et des apparences… Voilà la rencontre qui a marqué ma vie, celle qui en quelques secondes seulement m’a ôté de ma terrible solitude… D’un seul regard…
Ne dit-on pas que les yeux sont les reflets de l’âme ?
Vos derniers mots