Le diable en personne...
De: La Fée Gaffette
Pour : Matrouchka la Pipelette
Le vendredi 2 mars 2007
Hello ma petite Poupée Russe !
J’ai enfin l’occasion de répondre à ton petit mail et à tes questions…
Alors je vais tenter de te t’écrire l’énergumène que je supporte chaque jour…

Tout d’abord, pour te mettre en situation, nous allons te t’écrire les lieux…
Alors imagine-toi dans une grande pièce rectangulaire… Tu es assise dans un fauteuil confortable, dans ton dos tu as une grande porte-fenêtre..
Ça va ? Tout va bien ? Mets-toi à l’aise, on poursuit la visite…
Bon les choses se gâtent… Sur les grands murs blancs que tu t’imaginais, tu appliques des lattes de bois sombre… Pour agrémenter tout ça, tu enlèves un peu de lumière dans la pièce, en effet, la fenêtre derrière toi donne au Nord…
Quelques lumières d’appoint éclairent ton poste de travail, mais donne une allure funéraire à l’ambiance générale de la pièce…
Sur ta droite, accrochés au mur, divers portraits des anciens « pontes » de la boite, des photos en noir et blanc d’hommes en costard cravate, d’hommes que tu n’as jamais vu et qui te toisent sans cesse… Ces personnes sont sûrement mortes depuis longtemps et leur présence te met souvent mal à l’aise…
Tu en viens à te dire qu’après tout, tu dois toi aussi être dans un cercueil enfermée la-dedans…
Continuons… Désormais tu portes ton regard sur ta droite… Tu y trouves un grand bureau en forme de L. Il est vraiment immense, un vrai bureau digne d’un ministre avec un beau fauteuil en cuir noir pour l’accompagner. Cela te rappelle les bureaux de l’époque, ceux des grands Présidents ou dirigeants de multinationales, comme ceux qu’on voit dans les films.
Sur ce bureau, tout plein de dossiers qui s’empilent, il y en a partout. Tu sais que ce sont des dossiers périmés depuis longtemps mais s’ils sont là c’est pour faire impression sur les visiteurs. Ça fait toujours bien d’avoir l’air très occupé et d’avoir de nombreux dossiers en cours… Il y a également un ordinateur. Il est souvent allumé cet ordinateur, mais très très rarement utilisé, mais c’est comme pour les dossiers, il faut avoir l’air d’être en plein travail.
Devant ce bureau, assis sur le beau fauteuil, il y a un homme… Cet homme tu le déteste. Oui tu le hais vraiment et sa vue te révulse. Il est là, habillé en costard cravate, pour paraître important quand des visiteurs viennent. Oh bien entendu, les visiteurs ce n’est rien d’autres que des alcooliques ou des âmes en peine, mais il faut bien être assorti au bureau et au fauteuil de ministre !
Tu regardes de plus près ce personnage… Oui, de le regarder, tu sens monter en toi la haine, alors souvent tu détournes le regard pour pouvoir poursuivre la journée…
Cette chose qui ressemble à un homme n’est pas très grande. Tu te demande souvent si y’a un cœur qui bat sous cette carcasse, tu te demande même si cette chose peut être humaine… Tu sais pertinemment que c’est le mal en personne sous tes yeux, tu ne le considère même plus comme un être humain.
Sa tête est ornée de mèches grisonnantes… comme ces personnes qui sont dégarnies sur le dessus mais qui laissent pousser les mèches du côté pour les rabattre sur le crâne, histoire de sembler un peu moins chauve… Ces mèches sont assez foncées pour l’âge de la « bête » mais tu le soupçonnes d’aller chez le coiffeur pour arranger tout ça…
Il n’est pas très gros, mais un petit ventre rebondi pointe sous sa chemise. Tu n’essais même plus de t’imaginer comment ça peut être là dessous, sinon tu sais que tu risquerais de vomir. Lorsque tu le fais, tu te souviens que même si ce n’est pas un être humain que tu as sous les yeux, il est tout de même sexué et tu revois alors sa façon qu’il avait de te proposer des week-ends à la montagne, comment il s’approchait de toi comme si de rien n’était en t’appelant « ma chérie ». A l’époque tu ne croyais pas à tout ça, tu te disais « non, c’est mon patron, je me fais des films » mais aujourd’hui avec le recul, tu te doutes bien que ce personnage est pervers, perfide, manipulateur… Tu te rappelle également la fois où il t’a emmené en réunion de travail dans le nord et où le maître d’hôtel t’a dit qu’il y avait qu’une seule chambre de réservée pour deux … A ce moment là, tu as fait la fille indignée, comme si l’hôtel avait mal compris, mais aujourd’hui tu ne peux t’empêcher de penser que… C’était peut être voulu ?
Bref, ne regardons plus son corps, tu as la nausée qui vient…
Son visage… Une peau rasée de près, mais une peau brillante… Il doit y appliquer beaucoup de crème, matin et soir, pour pallier les rides imminentes pour son âge… ça donne un air gras, un peu repoussant… Il a des joues pendantes, mais qui ne font qu’un avec son immense double menton. On dirait un pélican qui a le bec rempli.
Des lunettes surmontent son nez… Ce sont de grosses lunettes à double foyer, et oui, il y voit plus grand chose le papi, il se croit encore jeune, et pourtant…
Derrière ces lunettes, tu distingues ses yeux… Deux petits yeux minuscules, ronds, sans aucune « vie ». Ils te regardent sans te voir, mais tu y lis de la méchanceté, aucune lueur ne brille là dedans… Oui, ces signes ne trompent pas, le temps te la prouvait : cet homme est mauvais.
Il s’aime ça s’est sûr, ça se voit comme le nez au milieu de la figure et Dieu sait combien il est important ce nez ! Des narines immenses, tu es certaine que ses deux pouces pourraient y rentrer !
Souvent tu t’imagines en train de le pousser dans de grands escaliers, ou bien encore le voir glisser sur une flaque d’eau et se fracasser la tête contre les carreaux…
Oui tu as de sombres desseins pour cette chose et souvent tu te fais peur à penser tout ça…
Toutefois, tu fais des efforts surhumains… Tu ignores toutes les stupidités qu’il te dit, tu réponds vaguement à ses questions par des « oui » ou « non », tu as appris à tes dépends que des réponses plus longues avec ton avis ne l’intéressent pas. Tu as donc appris à répondre ce qu’il a envie d’entendre…
Tu l’évites comme tu peux, car tu en as marre de l’entendre se vanter sans cesse, de l’écouter dire à tous le monde « je vais t’apprendre la vie ». Il est rien, et pourtant il se croit « tout ».
Tu ne le regarde plus, tu fixes ton regard sur ton écran d’ordinateur, et travaille en attendant que la journée passe… Et Dieu sait combien les journées sont longues parfois…